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Le thème de l’exploration de l’univers peut-il faire l’objet d’un dialogue interreligieux de proximité ?
date de parution 9/9/2008
Alexandre Vigne :
Les responsables religieux reconnaissent désormais l’éventualité d’une vie extraterrestre intelligente. Ils considèrent qu’une telle possibilité intéresse la métaphysique, la théologie et donc le dialogue interreligieux à un haut niveau de réflexion.
Mais ils font aussi valoir que, concrètement, cette hypothèse n’a aucune répercussion dans la vie quotidienne des fidèles. Elle n’est d’aucun secours pour le discernement éthique au jour le jour. Il faut lire à ce sujet les travaux convaincants du moraliste Bernard Williams, qui a été professeur de philosophie morale aux universités de Londres, Cambridge, Berkeley et Oxford. Dans son livre sur « L’éthique et les limites de la philosophie »1, il estime qu’une préoccupation n’est morale que si elle est d’ordre universel. Pour lui, la circonscription de l’éthique est bien l’Univers. Mais il considère que le comportement moral ne peut être fondé objectivement sur la nature humaine car nous ne connaissons que la nôtre et pas celle, dit-il, de possibles extraterrestres. De plus, les concepts universels comme les règles, les principes, les droits ou les devoirs sont trop abstraits, selon lui, pour élaborer des projets éthiques. Il juge inutile de vouloir les justifier aujourd’hui sur la base d’hypothétiques extraterrestres, comme ce le fut hier à partir des exotiques civilisations de notre monde. Plutôt que de construire des projets éthiques en invoquant des notions générales et coupées des expériences particulières, il recommande de se référer à des termes qui expriment le vécu de chacun tels que « trahir », « mentir », être « avare », « honteux », « courageux »… Cette approche méthodologique convient aux communautés religieuses, chez qui l’expérience éthique ne consiste pas à appliquer des règles abstraitement formulées. Les fidèles écoutent la Parole non comme des principes abstraits à respecter mais comme des mots à intérioriser, des exemples à imiter, des images à interpréter collectivement, des émotions à vivre, des sentiments à partager…

Nous avons ainsi décidé que le thème de chaque rencontre serait choisi par les responsables de communautés à partir des mots communs à leurs Textes Saints. Ce peut être une action (le « Dialogue »), une expérience (le « Service »), un élément du réel (la « Montagne »), une valeur et un droit (la liberté, le travail, l’éducation), une valeur et un devoir (l’hospitalité, l’accueil, le respect) ou un sentiment et une vertu (la joie, la générosité, la compassion)… Tout le travail entrepris à partir des réunions tenues à l’Assemblée Nationale, a consisté à recadrer la réflexion morale au profit du particulier. Trois décisions furent prises : 1) identifier l’ensemble des mots communs aux Livres saints et non plus seulement ceux ayant trait à l’Univers, comme dans le projet initial ; 2) étudier les droits et les devoirs universels pour eux-mêmes et non dans le cadre du droit de croire ou non aux extraterrestres dans la pratique du culte et 3) changer l’acronyme du projet CIEUX, qui ne devait plus être centré sur l’exploration de l’Espace. De fait CIEUX n’avait plus à signifier : Comité Interreligieux pour l’Exploration de l’Univers et contre la Xénophobie. Toutefois l’intention du projet originel est restée intacte. Si nous avons conservé le nom « CIEUX », ce n’est pas pour devenir un panthéon et réunir les Cieux des différentes religions. C’est pour inviter tout un chacun à regarder de nouveau le ciel avec l’innocence de son enfance, à retrouver le souffle de sa première interrogation fondamentale, sur le mystère de l’existence. Du reste, les communautés qui le veulent peuvent toujours dialoguer sur ce thème à partir des mots communs à leurs Textes Saints : Univers, Astres, Mondes, etc. Il nous a semblé essentiel de prévenir les croyances fausses, pernicieuses ou dangereuses qui ont été véhiculées par des ufologues, des sectes et des idéologues. En 1940 le chef de la chancellerie du Parti nazi, Martin Bormann, communiqua à titre confidentiel aux chefs de cantons, un texte sur les rapports entre le national-socialisme et la religion chrétienne. Il écrivait en particulier : « Si nous autres Nationaux-Socialistes parlons d’une Gottgläubigkeit (foi en dieu ou religiosité), nous n’entendons pas par Dieu comme les chrétiens naïfs et les prêtres qui tirent profit de leur naïveté, un être anthropomorphe qui se trouverait assis quelque part dans la sphère (sic). Nous devons au contraire ouvrir les yeux des hommes et leur montrer qu’il existe à côté de notre petite terre, si insignifiante dans le grand Univers, un nombre inimaginablement grand d’autres corps (stellaires), d’autres corps qui sont entourés de planètes comme le soleil, et celles-ci à leur tour de corps plus petits, de lunes. La force de la loi naturelle grâce à laquelle toutes ces innombrables planètes se meuvent dans l’Univers, voilà ce que nous appelons la Toute-Puissance ou Dieu. Affirmer que cette force universelle pourrait se préoccuper du sort de chaque être individuel, de chacun des moindres bacilles terrestres, et qu’elle se laisserait influencer par de soi-disant prières et autres choses étonnantes, c’est manifester une belle dose de naïveté ou d’effronterie affairiste. Face à cela, nous autres Nationaux-Socialistes nous nous imposons l’exigence de vivre aussi naturellement que possible, c’est-à-dire en conformité avec les lois de la vie. Mieux nous reconnaissons et observons avec exactitude les lois de la nature et de la vie, plus nous nous y tenons, et mieux nous nous conformons à la volonté de la Toute-Puissance. Plus nous comprenons la volonté de la Toute-Puissance, et plus grands seront nos succès »2. Voila à quoi peut mener l’idolâtrie de l’Univers : au dieu nazi qui n’écoute pas la prière des hommes, qui ne se préoccupe pas d’eux et qui par la sélection naturelle, garantit la victoire des plus forts sur les plus faibles. Les religions avaient donc le devoir de montrer que l’interprétation de l’Univers, loin de justifier le racisme, conduit à l’humanisme. Il était nécessaire d’expliquer que la loi naturelle ne se confond pas avec la loi gravitationnelle, mais avec les droits humains, qu’elle n’est pas de nature physique mais spirituelle.


Note :
1Pour Bernard Williams, « Il nous faut penser la société de façon réaliste et concrète. Nombre de théories éthiques que nous énonçons sur le passé ou sur les mondes exotiques ont peu à voir avec la réalité de ces époques ou de ces lieux. Elles sont pures imaginations, obéissant aux mêmes finalités que les contes de fées (...). Le relativisme de distance spatial n’a ni intérêt ni application dans le monde moderne. Pour les mêmes raisons, l’imagination orientée vers le futur s’est déplacé des peuples exotiques vers les extraterrestres. Dans la mesure où ils n’offrent pas de résistance concrète aux inventions les plus primaires, les résultats en sont appauvris, pathétiques ou repoussants ». Bernard Williams, L’éthique ou les limites de la philosophie, Paris, Gallimard, 1990, p176, note n°6.

2Martin BORMANN, cité par Joseph ROVAN, « Le catholicisme politique en Allemagne », Paris, Editions du Seuil, 1956, p. 218
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