Alexandre Vigne :
Les représentants des religions ont bien réagi à l’idée d’abolir les frontières morales. En revanche il n’y avait pas de consensus pour adopter le projet de Déclaration car il était essentiellement centré sur l’exploration de l’univers, thème trop éloigné des préoccupations quotidiennes.
Les représentants des religions ont bien réagi à l’idée d’abolir les frontières morales. En revanche il n’y avait pas de consensus pour adopter le projet de Déclaration car il était essentiellement centré sur l’exploration de l’univers, thème trop éloigné des préoccupations quotidiennes.
Les responsables religieux ont pourtant reconnu que leur tradition respective répond positivement à l’hypothèse d’une vie ailleurs dans l’Univers. De fait, le judaïsme admet effectivement l’existence de mondes antérieurs au nôtre. Le Rabbi Abahou, estimait que Dieu avait créé plusieurs mondes et qu’il les détruisit jusqu’à ce que l’un d’eux, le nôtre, le satisfasse pleinement (Qohelet Rabba 3, 14). Le Zohar (III 9, b) fait état de créatures humaines résidants sur des planètes situées en dessous de notre Terre habitée. L’Église s’est également demandé si d’autres humanités habitent le cosmos. Au IVe siècle, par exemple, Jean Chrysostome considérait l’éventualité d’autres mondes habités dans ses prédications publiques. Il écrivait dans son Homélie sur Saint Jean : « faudrait-il créer mille mondes semblables à celui-ci, des mondes sans nombre, Dieu n’aurait aucune peine, non seulement à les créer, mais encore à les gouverner, après les avoir appelés à l’existence ». Au Ve siècle, Saint Augustin admettait que la Terre soit peuplée par des créatures humaines ayant des apparences différentes. Cela ne posait pas de problèmes métaphysiques à l’Eglise. En 1277, l’évêque de Paris, en se recommandant du pape, ordonna même par décret aux théologiens d’enseigner que Dieu avait pu créer d’autres Univers. Deux siècles avant, Abû Hamîd Al-Ghazâli, l’une des figures les plus connues du monde musulman, qui le qualifie de «restaurateur de la Religion» et «preuve de l’Islam», considérait, sur la foi de Mahomet, que Dieu avait pu créer une multitude de Mondes sur la Terre et dans l’Univers.
Ce n’est donc pas l’éventualité d’une vie extraterrestre en elle-même, qui posait problème aux responsables religieux. D’ailleurs, le jour de la seconde réunion à l’Assemblée Nationale, le 25 avril, tous les journaux d’audience nationale titraient leur « Une » sur la découverte, pour la première fois, d’une planète extra-solaire pouvant héberger la vie ! Les réunions à l’Assemblée Nationale avaient, du reste, été préparées par plusieurs séminaires interreligieux que j’avais organisés à ce sujet avec la contribution d’astrophysiciens dans différents lieux de culte : à la synagogue de la place des Vosges, à la Mosquée de Paris, ainsi qu’à Notre-Dame de Pentecôte sur l’esplanade de la Défense. Pour cette dernière rencontre, Paris Notre-Dame, le journal de l’Archevêché de Paris, avait même consacré un article en première page ce qu’il n’avait encore jamais fait pour un dialogue interreligieux !1 De louables efforts ont été consacrés par des personnalités qui ont engagé leur nom pour que l’Espace ne soit plus une frontière tabou. En novembre 2000, j’ai ainsi publié «Dieu, l’Église et les extraterrestres», 2 un ouvrage qui réunit spationaute, astronome et théologien, mais aussi sociologue, philosophe, anthropologue, politologue, physicien et historien sur l’avenir de la Religion dans l’Espace à travers l’exemple de l’Église catholique. Mon objectif n’était pas de rassembler une collection d’opinions pluri-religieuses sur les extraterrestres et la conquête spatiale. D’abord parce que cela a déjà été fait dans les années 1960 : des livres ont juxtaposé des témoignages relevant d’obédiences religieuses différentes. 3 Ensuite, parce que pour connaître la position d’une institution religieuse sur une question, il faut en interroger l’ensemble des acteurs. Il me semblait pertinent de s’intéresser à l’Eglise catholique qui, en 1992, venait 362 ans après avoir condamné Galilée, de reconnaître définitivement son erreur. L’astronome du Saint Siège accepta ainsi de participer à cet ouvrage. Le Révérend Père George Coyne, en tant que Directeur de l’Observatoire du Vatican, fut membre de la Commission d’étude sur le cas Galilée que Jean-Paul II avait instituée au début de son pontificat en 1981. Je souhaitais parachever le travail de la Commission et c’est pourquoi j’ai dédié l’ouvrage au pape. J’étais alors délégué communication du diocèse de Limoges pour le Jubilé de l’an 2000. Je m’inscrivais donc pleinement dans la démarche de repentance voulue par Jean-Paul II. La Saint-Père ne voulait pas que l’Église entre dans le 3ème millénaire sans avoir demandé pardon pour ses fautes. Chacun était invité à faire un chemin de conversion, à se libérer de ses chaines. C’est anecdotique, mais je me souviens avoir écrasé ma dernière cigarette sur le parvis du Sacré CÅ“ur à Paris à 23h55, juste avant d’entrer dans la basilique, pour la messe du nouveau millénaire, le 31 décembre 1999. Je fumais tout de même un paquet et demi de cigarettes par jour ! J’avais suivi la démarche de repentance du pape dès 1992, quand il avait demandé pardon aux amérindiens et aux peuples africains, dans le cadre du 500è anniversaire de la rencontre des trois mondes. J’avais alors 23 ans. Pour cet anniversaire et la commémoration de l’esclavage, j’avais organisé une exposition et écrit le catalogue : «Colomb, la terre et Nous, 9 artistes pour le nouveau monde». C’est également en 1992, le 31 octobre, que le pape a bien reconnu les erreurs de l’Église dans la condamnation de l’astronome. Il a aussi déclaré que l’Eglise aurait dû opérer des révisions dans son enseignement. Mais le rapport que lui a remis la Commission comportait une omission : aucune référence ne fut faite à l’une des principales raisons qui poussa l’Inquisition à condamner l’héliocentrisme !


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Ce n’est donc pas l’éventualité d’une vie extraterrestre en elle-même, qui posait problème aux responsables religieux. D’ailleurs, le jour de la seconde réunion à l’Assemblée Nationale, le 25 avril, tous les journaux d’audience nationale titraient leur « Une » sur la découverte, pour la première fois, d’une planète extra-solaire pouvant héberger la vie ! Les réunions à l’Assemblée Nationale avaient, du reste, été préparées par plusieurs séminaires interreligieux que j’avais organisés à ce sujet avec la contribution d’astrophysiciens dans différents lieux de culte : à la synagogue de la place des Vosges, à la Mosquée de Paris, ainsi qu’à Notre-Dame de Pentecôte sur l’esplanade de la Défense. Pour cette dernière rencontre, Paris Notre-Dame, le journal de l’Archevêché de Paris, avait même consacré un article en première page ce qu’il n’avait encore jamais fait pour un dialogue interreligieux !1 De louables efforts ont été consacrés par des personnalités qui ont engagé leur nom pour que l’Espace ne soit plus une frontière tabou. En novembre 2000, j’ai ainsi publié «Dieu, l’Église et les extraterrestres», 2 un ouvrage qui réunit spationaute, astronome et théologien, mais aussi sociologue, philosophe, anthropologue, politologue, physicien et historien sur l’avenir de la Religion dans l’Espace à travers l’exemple de l’Église catholique. Mon objectif n’était pas de rassembler une collection d’opinions pluri-religieuses sur les extraterrestres et la conquête spatiale. D’abord parce que cela a déjà été fait dans les années 1960 : des livres ont juxtaposé des témoignages relevant d’obédiences religieuses différentes. 3 Ensuite, parce que pour connaître la position d’une institution religieuse sur une question, il faut en interroger l’ensemble des acteurs. Il me semblait pertinent de s’intéresser à l’Eglise catholique qui, en 1992, venait 362 ans après avoir condamné Galilée, de reconnaître définitivement son erreur. L’astronome du Saint Siège accepta ainsi de participer à cet ouvrage. Le Révérend Père George Coyne, en tant que Directeur de l’Observatoire du Vatican, fut membre de la Commission d’étude sur le cas Galilée que Jean-Paul II avait instituée au début de son pontificat en 1981. Je souhaitais parachever le travail de la Commission et c’est pourquoi j’ai dédié l’ouvrage au pape. J’étais alors délégué communication du diocèse de Limoges pour le Jubilé de l’an 2000. Je m’inscrivais donc pleinement dans la démarche de repentance voulue par Jean-Paul II. La Saint-Père ne voulait pas que l’Église entre dans le 3ème millénaire sans avoir demandé pardon pour ses fautes. Chacun était invité à faire un chemin de conversion, à se libérer de ses chaines. C’est anecdotique, mais je me souviens avoir écrasé ma dernière cigarette sur le parvis du Sacré CÅ“ur à Paris à 23h55, juste avant d’entrer dans la basilique, pour la messe du nouveau millénaire, le 31 décembre 1999. Je fumais tout de même un paquet et demi de cigarettes par jour ! J’avais suivi la démarche de repentance du pape dès 1992, quand il avait demandé pardon aux amérindiens et aux peuples africains, dans le cadre du 500è anniversaire de la rencontre des trois mondes. J’avais alors 23 ans. Pour cet anniversaire et la commémoration de l’esclavage, j’avais organisé une exposition et écrit le catalogue : «Colomb, la terre et Nous, 9 artistes pour le nouveau monde». C’est également en 1992, le 31 octobre, que le pape a bien reconnu les erreurs de l’Église dans la condamnation de l’astronome. Il a aussi déclaré que l’Eglise aurait dû opérer des révisions dans son enseignement. Mais le rapport que lui a remis la Commission comportait une omission : aucune référence ne fut faite à l’une des principales raisons qui poussa l’Inquisition à condamner l’héliocentrisme !
Note :
1«Redécouvrir son prochain grâce à l’exploration de l’Univers», Paris Notre-Dame, n°1143, 1er juin 2006, p 1. Lire également Jocelin Morisson «Vie extraterrestre : ce qu’en disent les religions. Nos frères extraterrestres », Le Monde des religions, sept-oct 2008, n° 31, pp 6-11.
2Dieu, l’Eglise et les extraterrestres., sous la direction d’Alexandre VIGNE, Albin Michel, Paris, Collection Question de, n° 122, 2000, 376 p. Voir également Alexandre VIGNE, «Et si Dieu avait créé d’autres mondes…», Notre Histoire, janvier 2001, n°184.
3Lire notamment : Si les astres sont habités…, la Palatine, Genève-Paris, 1963, 178 p. «Faith in the space age», Student World, n°4, World Student Christian Federation, Genève, 1966, pp. 345-405
4Alexandre VIGNE, «Les Extraterrestres du Nouveau Monde», Diogène, UNESCO/Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines, n° 189, printemps 2000, pp. 62-74. «Extraterrestrials of the New World», Diogènes, UNESCO/International Council for Philosophy and Humanistic Studies, n° 189, vol. 48, issue 1 2000, pp. 48-57.
1«Redécouvrir son prochain grâce à l’exploration de l’Univers», Paris Notre-Dame, n°1143, 1er juin 2006, p 1. Lire également Jocelin Morisson «Vie extraterrestre : ce qu’en disent les religions. Nos frères extraterrestres », Le Monde des religions, sept-oct 2008, n° 31, pp 6-11.
2Dieu, l’Eglise et les extraterrestres., sous la direction d’Alexandre VIGNE, Albin Michel, Paris, Collection Question de, n° 122, 2000, 376 p. Voir également Alexandre VIGNE, «Et si Dieu avait créé d’autres mondes…», Notre Histoire, janvier 2001, n°184.
3Lire notamment : Si les astres sont habités…, la Palatine, Genève-Paris, 1963, 178 p. «Faith in the space age», Student World, n°4, World Student Christian Federation, Genève, 1966, pp. 345-405
4Alexandre VIGNE, «Les Extraterrestres du Nouveau Monde», Diogène, UNESCO/Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines, n° 189, printemps 2000, pp. 62-74. «Extraterrestrials of the New World», Diogènes, UNESCO/International Council for Philosophy and Humanistic Studies, n° 189, vol. 48, issue 1 2000, pp. 48-57.
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Quelles furent les réactions à l’idée de franchir les frontières spatiales ?
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