Alexandre Vigne :
la religion est une institution qui relie des personnes à l’Absolu en leur offrant des Paroles, des croyances et des pratiques. Toutefois, dans les sociétés traditionnelles, la religion a moins pour but de relier au divin, à l’Absolu, que d’édifier le bien public, au fond, la vie civique.
la religion est une institution qui relie des personnes à l’Absolu en leur offrant des Paroles, des croyances et des pratiques. Toutefois, dans les sociétés traditionnelles, la religion a moins pour but de relier au divin, à l’Absolu, que d’édifier le bien public, au fond, la vie civique.
Au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, comme auparavant dans les sociétés précolombiennes, la religion est restée attachée à une terre, à un ordre politique, à une société dont elle est indissociable, avec lesquels elle se confond : les autorités religieuses sont souvent des autorités politiques, les lois religieuses sont généralement des lois civiles et les fêtes religieuses sont aussi des fêtes profanes. Au contraire, le mot « religion » est apparu en Europe pour qualifier un phénomène religieux qui entendait se démarquer de l’Etat, de la politique : le christianisme. Mais si la religion ainsi considérée n’englobe plus tous les aspects de la vie, elle continue toujours de servir le bien public. Car la religion n’indique pas seulement en qui et en quoi il convient de croire. Elle montre comment croire. En ce sens, la religion est une vertu spirituelle mais aussi morale : elle dit comment bien se conduire en vertu des croyances. Tandis que l’éthique a pour but de régler notre comportement par rapport au bien et au mal, la religion a pour but de régler notre comportement par rapport à l’Absolu, qui est la source du bien. Pour la religion, la recherche de la bonne conduite, la distinction du bien et du mal ne sont pas des fins en soi mais des moyens de se relier au divin, à l’Absolu. Le discernement éthique est un acte religieux pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Ils vont de l’amour de Dieu à l’éthique et non de la pratique des vertus à ce qui en serait la contrepartie : la grâce et la bienveillance divines. Car pour eux, l’éthique est la conséquence de la chute de l’homme : quand Adam et Eve furent expulsés du Paradis, ils durent apprendre à discerner le bien du mal afin d’apprendre à vivre par eux mêmes. La morale est donc un don que Dieu a fait à sa créature, pour qu’elle retrouve le bonheur perdu et ce faisant, le chemin du Salut. La question du Salut est bien liée à celle avec laquelle, pour Socrate, commence l’éthique : « Comment doit-on vivre ? » (Platon, « La République », 352 D).


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Qu’en est-il de la question du Salut ? N’éludez-vous pas ce problème fondamental au profit du seul « vivre-ensemble » ? La religion peut-elle se réduire à l’éthique ?
Qu’en est-il de la question du Salut ? N’éludez-vous pas ce problème fondamental au profit du seul « vivre-ensemble » ? La religion peut-elle se réduire à l’éthique ?

