Alexandre Vigne :
les droits de l’homme peuvent, bien évidemment, générer des sentiments moraux. D’abord parce que les sentiments ont une certaine stabilité. Contrairement aux émotions, les sentiments ne naissent pas de manière brutale et ne disparaissent pas rapidement : ils durent. A la différence des émotions, ils ne sont pas en rupture avec la volonté : par exemple, la résignation est une tristesse consentie. De même, les sentiments n’envahissent pas, n’accaparent pas toute la conscience, au contraire de la passion. La morale des droits de l’homme a donc besoin de leur modération, de leur équilibre, de leur constance.
les droits de l’homme peuvent, bien évidemment, générer des sentiments moraux. D’abord parce que les sentiments ont une certaine stabilité. Contrairement aux émotions, les sentiments ne naissent pas de manière brutale et ne disparaissent pas rapidement : ils durent. A la différence des émotions, ils ne sont pas en rupture avec la volonté : par exemple, la résignation est une tristesse consentie. De même, les sentiments n’envahissent pas, n’accaparent pas toute la conscience, au contraire de la passion. La morale des droits de l’homme a donc besoin de leur modération, de leur équilibre, de leur constance.
Le respect des droits de l’homme interdit ainsi aux sentiments de se transformer en passion. Je pense à l’amitié qui pourrait devenir exclusive, être réservée aux seuls membres de la communauté, si elle n’était pas vécue dans le cadre du « droit des individus et des groupes d’êtres différents, de se concevoir et d’être perçus comme tels (Déclaration des Nations Unies sur la race et les préjugés raciaux). Mais le droit à la différence n’est pas suffisant, à lui seul, pour garantir le respect d’autrui. Car il met en valeur ce qui distingue, souligne ce qui différencie, au risque de séparer, d’éloigner encore davantage. Le respect qui en découle est alors tout relatif et peut laisser place à de la simple indifférence. L’application du droit à la différence doit chercher au contraire à unir les personnes. La compassion est un sentiment grâce auquel on s’identifie à l’autre par delà toutes les différences. C’est pourquoi Rousseau a fait de la pitié, plutôt que du respect des différences, le fondement des devoirs moraux. La compassion, le fait de partager la souffrance de l’autre, permet de comprendre que l’on a des devoirs envers lui. Les sentiments sont ainsi essentiels au respect des droits et des devoirs humains. Ils aident à prendre conscience des droits et des devoirs envers autrui. A l’inverse, les droits de l’homme aident à vivre avec justesse les sentiments moraux à l’abri de la xénophobie, laquelle s’empare de vous à votre insu, sans que vous ayez honte de votre hostilité à l’égard des étrangers. La pratique de la foi permet de cultiver de bons sentiments qui, sans les droits et devoirs universels, ne seraient pas toujours exprimés avec cohérence. Toutefois, les droits de l’homme ne suscitent des sentiments moraux que s’ils sont appliqués avec vertu. C’est ainsi, par exemple, que le « droit à la protection contre la discrimination » (Déclaration de principe sur la tolérance de l’UNESCO) peut générer la générosité s’il est, dans une situation donnée, mis en Å“uvre avec une vertu comme la justice ou le courage. Mais s’il est observé par ambition, pour recevoir honneur et gloire, il ne soulèvera qu’un sentiment immoral : l’orgueil. Dans ce cas, il y aura contradiction entre le droit appliqué et le sentiment éprouvé. Au XVIIIème siècle, des philosophes tels que Diderot ou Hume voulurent fonder une morale sur les sentiments, les passions, les désirs. Pour eux, l’affectivité est l’allié de l’éthique, de la morale et du civisme car la pratique des vertus produit des sentiments moraux, de la joie, une estime de soi. Mais à leur époque, les règles morales correspondaient à des sentiments normaux, ceux qu’éprouvait un bourgeois que l’éducation chrétienne avait appris à maîtriser : dans « Le Neveu de Rameau », Diderot incarne un philosophe moraliste conservateur, tandis que Hume, dans « Enquêtes sur le principes de la morale », décrit les passions d’un bourgeois. Désormais, l’individu moral n’a plus la figure du bourgeois éduqué dans la foi. Pour que la morale sociale des droits de l’homme puissent encore reposer sur des sentiments vertueux, il est donc nécessaire que les individus reçoivent une éducation éthique et religieuse : afin d’apprendre à contrôler leurs désirs, de cultiver les vertus mais aussi d’avoir en commun des valeurs, des croyances morales.
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Les droits de l’homme génèrent-ils des sentiments moraux ?
Les droits de l’homme génèrent-ils des sentiments moraux ?

