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mercredi 16
juin 2010
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A la Goutte-d’Or, « le problème, ce n’est pas les musulmans, mais les dealers »
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A la Goutte-d’Or, « le problème, ce n’est pas les musulmans, mais les dealers »
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A la Goutte-d’Or, « le problème, ce n’est pas les musulmans, mais les dealers »
Par Julia Pascual, Libération
Samedi, la Goutte-d’Or sera en ébullition. Point d’apéro géant aux relents xénophobes. Mais l’ouverture de la fête de quartier, qui célèbre sa 25e édition jusqu’au 27 juin. Au programme: un cross pour enfants, du cinéma, des concerts, des expos, des ateliers d’arts plastiques, de la poésie, une scène ouverte à la danse, au slam, à la magie... Et plusieurs milliers de participants.
« C’est le rendez-vous identitaire fort de l’année, explique Christine Ledésert , responsable associative à la Goutte-d’Or depuis près de 20 ans (1). Il y a un grand repas à la fin, devant l’Eglise Saint-Bernard, où viennent chaque année plusieurs centaines de personnes ».
Un bal de clôture est même prévu. Il faut croire que le fantasme des « milices islamistes » s’accaparant l’identité du quartier à grand renfort de viande halal n’aura pas eu la vie dure.
« La Goutte-d’Or a toujours été un quartier d’immigration, explique Ledésert. Il y a d’abord eu des provinciaux qui ne parlaient même pas français mais patois. Et puis une immigration européenne, puis d’Afrique du Nord, de l’Est, de l’Ouest. Et aujourd’hui chinoise ».

La moquée et le Franprix
Les rues de la Goutte-d’Or regorgent de magasins de tissus africains, de boucheries halal, de boutiques de vente de téléphones portables. Il y a aussi des cafés, des bars, des restaurants. Qui vendent de l’alcool.
La mosquée Khalid Ibn Walid se trouve rue Myhra. Tout comme un magasin Franprix qui vend à boire et à manger. Il y a un rayon halal, des étagères kascher, de l’alcool et du porc sous toutes sortes de conditionnement. Son gérant, Salim Leharani, 30 ans, explique que les prières hebdomadaires « ne gênent pas du tout [son] commerce. Le trottoir est dégagé. Les fidèles prient sur la voie ».
Salim a suivi le battage médiatique autour du projet d’apéritif « saucisson pinard » et ne se retrouve pas dans l’image du quartier véhiculée par ses organisateurs. « Leur revendication est malsaine, pense-t-il. Le problème dans le quartier, ce ne sont pas les musulmans. Mais les dealers, les toxicos, la prostitution. C’est même grâce à la proximité de la mosquée qu’ici on n’a pas de vols ».
Tout à côté, un restaurant oriental. En fond sonore, le match de football Chili-Honduras. Les clients conversent entre eux, dans une ambiance sympathique. Ils parlent arabe, et français. Cinq employés d’un cabinet d’expert comptable s’y sont retrouvés pour déjeuner. L’une évoque un reportage qu’elle a vu à la télé, sur les vendeurs à la sauvette de cigarettes ou de produits de contrefaçons du boulevard Barbès, tout proche. Son collègue évoque l’interdiction de l’’apéro « saucisson pinard ».

« La prière du vendredi, c’est comme la messe »
Menad Mihoud a 50 ans. Il travaille à la Goutte-d’Or depuis 15 ans: « Ici, ce n’est pas un ghetto. C’est cosmopolite. Marine Le Pen a souvent parlé de la rue Myhra en alléguant des rumeurs. Il n’y a pas plus de barbus ici qu’ailleurs ». Menad et son collègue Saïd Abaussedk prient tous les vendredis dans la rue. « Pourquoi est-ce qu’on ne retourne pas prier chez nous, en banlieue? Parce qu’on travaille ici. Et que la prière du vendredi, c’est comme la messe. On doit être à la mosquée ».
Rue Polonceau, quelques mètres plus loin, la mosquée Al Fath. Nicolas Meunier vient de se réunir avec ses responsables. Il est en charge de l’antenne de l’association Cieux dans le XVIIIe arrondissement de Paris, qui Å“uvre au dialogue entre les communautés religieuses et lutte contre la xénophobie. Il est catholique pratiquant. « Dans le quartier, nous travaillons avec l’Eglise catholique Saint-Bernard, l’Eglise adventiste du Nazaréen, la mosquée Al Fath et la Synagogue Yismah Moché. Les relations entre les communautés sont tout à fait bonnes ».
L’antenne de Cieux dans le XVIIIe a été créée en février 2009. « A l’époque, les juifs avaient pour mot d’ordre de ne pas traverser la Goutte-d’Or, se souvient Nicolas Meunier. Depuis, on a organisé des dialogues, notamment à la mosquée en décembre. En retour, le président de la synagogue a invité la communauté musulmane. C’était la première fois que l’imam s’y rendait ».
Meunier réfute l’idée d’une « islamisation » du quartier, relayée par le Bloc Identitaire et Riposte laïque, à l’origine du projet d’apéro. « Les imams de la mosquée Al Fath montrent au contraire un islam ouvert et tolérant. C’est tout le contraire de l’image négative qu’on peut en donner ».
Un constat que relaye la paroisse Saint-Bernard de la Chapelle, dans un communiqué: « En tant que chrétiens, nous nous inscrivons en faux contre l’idée selon laquelle le quartier serait en proie à une islamisation plus ou moins rampante. […] La présence d’une forte communauté musulmane n’est pas source de tensions, mais d’enrichissement mutuel et d’ouverture aux autres. Les gestes d’amitié mutuelle, notamment au moment des fêtes religieuses, sont fréquents ».

« Initiative navrante »
La Goutte-d’Or, un quartier où les « Français de souche ne se sentent plus chez eux? », comme le martèle Sylvie François? Celle qui se présente comme habitante du quartier depuis plusieurs générations, et administratrice du groupe Facebook « saucisson pinard », est loin de faire l’unanimité.
Sylviane Nuffer a 60 ans. Elle tient avec son mari Alain une boutique de mode rue des Gardes, à l’angle de la rue Polonceau. Tous deux voient dans l’apéro « pinard saucisson » une « initiative navrante de l’extrême droite ». « Il faut qu’ils reprennent leurs livres d’histoire, s’indigne Alain. Évidemment que la Goutte-d’Or est un quartier musulman. Mais ce n’est pas Chicago. Nous on n’a jamais eu de problème. C’est vraiment dommage de noircir le tableau ».
Le couple, avec une dizaine d’autres créateurs, s’est installé en 2001 dans cette rue de la Goutte-d’Or, avec le soutien de la ville de Paris, de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, de la région Ile-de-France. L’Opac a mis à leur disposition des locaux à des loyers très modérés. « Ils voulaient créer une rue de la Mode, explique le couple. Le problème c’est que le commerce n’a pas bien démarré. Ce qu’on fait ne correspond pas aux revenus du quartier et les politiques ne se sont plus intéressés à nous ».

ZUS et CUCS
La Goutte-d’Or est classée ZUS (zone urbaine sensible) et fait l’objet d’un CUCS (Contrat urbain de cohésion sociale). « Le taux de chômage est supérieur à 20%, la précarité s’y est accrue à cause de la crise parce que beaucoup travaillent dans le bâtiment et les services à la personne », étaye Christine Ledésert.
Le quartier change depuis plusieurs années. « Quand je suis arrivée, il y a 19 ans, il n’y avait même pas de cabines téléphoniques. Depuis, une bibliothèque, des crèches, des écoles, un gymnase ont été construits, souligne Ledésert. Il y a eu une résorption de l’habitat insalubre ». Rue Myrha, la construction en cours de logements sociaux illustrent ces chantiers.
De fait, le quartier s’embourgeoise progressivement. La mairie Å“uvre également à la diversification du commerce dans le quartier en rachetant des baux commerciaux. Une évolution qui ne contente pas tout à fait Stéphane Lavignotte, pasteur à la Maison Verte dans le XVIIIe arrondissement. Il regrette: « La monoculture qui gêne, c’est toujours celle qui n’est pas blanche ».
(1) Christone Ledésert est responsable du centre social Accueil Goutte-d’Or et siège également au conseil d’administration de la Coordination associative Goutte-d’Or qui regroupe une quinzaine d’associations du quartier.
mercredi 16 juin 2010mercredi 16 juin 2010
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